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Titre légendaire, enregistré en featuring avec les Outlawz, Hit’ Em Up parait en juin 1996 sous forme de single et est probablement l’un des clashs les plus violents de l’opposition entre les côtes Est et Ouest. La chanson est une réaction de Tupac face à l’attaque qu’il a subie en allant enregistrer un featuring avec un membre du label Bad Boy Records en novembre 1994. 

Présentation de l’œuvre

La ligne de basse de Hit ‘Em Up reprend un thème composé initialement pour le duo Dennis Edwards/Siedah Garrett dans le single Don’t look any further. Ce titre connait un grand succès à sa sortie en 1984. L’instrumentale utilisée par Tupac est presque identique à celle qui a servie à la Junior M.A.F.I.A. et Notorious B.I.G. dans le remix d’un de leur titre, Get Money, paru à peine sept mois avant l’enregistrement de Hit ‘Em up. Le rappeur de l’ouest y fait d’ailleurs allusion à plusieurs reprises dans ses paroles; on peut, en effet, entendre plus d’une dizaine de fois « take money » au fil de l’œuvre, une des nombreuses références de Tupac à ses rivaux. 

Construction et instrumentation du beat

Comme indiqué ci-dessus, l’élément principal de cette instrumentale est la guitare basse. Elle est, accompagnée de la caisse claire et de la cymbale charleston, le seul instrument entendu tout au long de Hit ‘Em Up. Basée sur une boucle de quatre mesures, cette voix permet d’affirmer une tonalité de la mineur. La première mesure (mesure 17 sur la partition) commence en effet par une répétition de la. La suivante peut être considérée comme « de passage » car le ré, entonné à la basse, se trouve être à l’unisson avec les deux voix du synthétiseur et du piano, inspirant ainsi un aspect suspensif à cette mesure. Pour la basse, la troisième mesure (mesure 19 sur la partition) semble être entamée par une levée de doubles croches qui montent chromatiquement de la sous-dominante à la dominante de la gamme, cette dominante marque le début de la mesure et en monopolise la quasi-totalité des deux premiers temps. Les deux temps suivants servent d’ornement au retour de la basse sur le la, tonique de la gamme, atteinte à la dernière mesure du sample. 

Le parcours de la basse est accompagné du synthétiseur qui joue aux mesures deux, trois et quatre respectivement un ré, un mi et un la (IV-V-I). Ces trois notes sont entendues sur trois octaves et  correspondent à celles qui dominent la voix de basse dans chaque mesure. Elles confortent également l’idée d’une cadence parfaite, en la mineur, qui s’étendrait sur l’ensemble de la boucle. Une guitare avec sourdine suit le même parcours que le synthétiseur, à l’exception de la première mesure des boucles qui est, elle, jouée. 

Reste la mélodie, jouée par un autre synthétiseur à la main gauche et par une voix de piano à la main droite. La main gauche joue sobrement une blanche sur un la et deux noires ascendante jusqu’au ré, une ronde, de la deuxième mesure. Les temps restant voient une blanche sur la dominante de la gamme, qui retombera sur sa tonique en passant par mi et ré lors des deux derniers temps de la troisième mesure. La voix de supérieure est, elle, syncopée mais suit le même schéma que celui des deux premières mesures de la main gauche. La mélodie conclut également la boucle par une descente de la dominante à la tonique, cependant cette tonique est prolongée par un si et un sol (7ème et 9ème), perturbant ainsi la cadence.

Le début de Hit ‘Em Up est structuré, l’introduction, parlée, dure quatre mesures, donc une boucle. Vient ensuite le premier couplet de Tupac sur quatre boucles puis le refrain qui, comme l’introduction, se tient sur quatre mesures. Le couplet suivant se prolonge également durant quatre boucles avant le retour du refrain. 

La seconde partie de la pièce est plus chaotique du point de vue de la forme. Tout d’abord, différents membres des Outlawz se relaient pour un total de dix boucles. Le fait que la basse entonne chacune des notes qui composent la grande cadence de l’échantillon sur le pre-

-mier temps des mesures renforce la métrique de l’instrumentale.De plus, l’interprétation respecte, la plupart du temps, un schéma d’un vers pour une mesure. Cependant, par la suite, la conclusion menée par le leader du groupe casse ce sentiment de métrique car l’intonation de Tupac se situe entre la parole et le rap et l’artiste semble faire fi des temps, on y perd donc la notion de mesure si présente dans le reste de l’œuvre. Cette dernière partie est relativement longue, elle englobe plus de trente-six mesures.  Les mesures sont, jusque là, clairement définissables à l’écoute. Une autre particularité rythmique de Hit’ Em Up se retrouve

 

dans l’absence de sensation de temps forts et faibles. Les interprètes n’y prêtent aucunement attention. En outre, la percussion semble vouloir inverser temps forts et faibles. Le tom aigu, plus présent à l’écoute, est entendu sur les deuxièmes et quatrièmes temps de chaque mesure. Le premier temps est appuyé par le tom grave mais le troisième battement est totalement ignoré par la batterie. 

Commentaire

Le choix de Tupac pour ce beat est tout d’abord symbolique. Le jeune interprète semble vouloir prouver que sur une même base, sa clique et lui-même sont capables de faire bien mieux que leurs opposants de la Côte Atlantique. Cependant, même l’instrumentale est modifiée entre Get money et Hit ‘Em Up. La seconde version se différencie principalement par l’ajout d’une mélodie. Cette dernière n’est pas entendue en continu. Le synthétiseur ainsi que le piano se relaient afin de la faire entendre. Elle permet à la pièce de réduire l’impression de monotonie dans son beat ainsi que de gagner en lyrisme, car, contrairement au titre de Biggie, aucune partie n’est chantée dans Hit ‘Em Up.

Les liens entre le texte et la musique sont, par contre, difficiles à percevoir, car le beat est relativement identique tout au long de la pièce, si on exclut les allées et venues de la mélodie, qui sont difficilement liables aux paroles. Pour cause, toutes les « revendications » de Tupac se trouvent dans le texte. Le jeune interprète clame en effet, dès l’introduction : « West Side, Bad Boy killers », annonçant la couleur de la suite. Dans l’introduction également, des voix féminines répètent « take money » avant chaque intervention de Tupac. Ces voix rappellent une démarche similaire dans les refrains de Get money. Un rappel de l’agression dont résulte Hit ‘Em Up s’inscrit également deux fois dans les paroles, il est considéré comme le refrain :

« See, grab your Glocks when you see 2Pac 
Call the cops when you see 2Pac, uh 
Who shot me? But you punks didn’t finish 
Now you ’bout to feel the wrath of a menace 
Nigga, I hit ‘em up! » 

Pogne ton revolver quand tu vois Tupac  
Appelle la police quand tu vois Tupac  
L’imbécile qui m’a tiré dessus n’a pas fini son job  
Maintenant le poids de ma menace pèsera sur ses épaules  
négro, je les aurai tous!

Cette évocation a pour but de légitimer les propos de Tupac dans sa chanson ainsi que de justifier les actes à venir du chanteur et de la troupe de Death Row.

Tout au long de l’œuvre, Tupac menace et insulte copieusement Biggie Smalls, Puff Daddy ainsi qu’un certain nombre des membres de Bad Boy Records. Le jeune rappeur et son crew ne lésinent pas sur la vulgarité et n’hésitent pas à nommer explicitement ceux à qui ils s’attaquent :

« You claim to be a player, but I fucked your wife We bust on Bad Boys niggas fucked for life Plus Puffy trying to see me, weak hearts I rip Biggie Smalls and Junior M.A.F.I.A. some mark-ass bitches » Qu’on pourrait traduire comme suit : « Tu prétends être un tombeur, mais j’ai baisé ta femme On détruit les négros de Bad Boy, des enculés à vie En plus, il y a Puffy qui essaie de m’avoir, je déchire les cœurs faibles Biggie Smalls et la Junior M.A.F.I.A, ces putains de cons repérés »

Hit ‘Em Up est, sans doute, synonyme du paroxysme de la violence verbale qui a confronté les gangsta rappeurs dans les années nonante. Bien qu’ayant créé une polémique, cette œuvre reste, aujourd’hui encore, l’une des plus populaires de Tupac Shakur.