Sélectionner une page

Chose promise, chose due !

Vous avez été nombreux à voter, via notre newsltetter, pour choisir le sujet de cet article, merci de votre confiance et de votre fidélité. C’est au final la musique du chef-d’oeuvre de Spielberg qui l’a emporté. Voici donc une analyse originale et en profondeur du mélancolique, non moins légendaire, thème principal proposé par John Williams dans La Liste de Schindler.

Introduction : John Williams et La Liste de Schindler

Star Wars, Jurassic Parc, Les dents de la mer, Harry Potter et bien d’autres chefs-d’oeuvre encore ; John William et la musique de film, c’est une grande histoire d’amour. Grâce à ses compositions, le maître moderne des lignes mélodiques donne, dans les années 60, un nouvel élan à la musique de film.

C’est en 1993 que le compositeur et chef d’orchestre débute l’écriture de la Liste de Schindler. Artiste dont la culture musicale est incroyablement diversifiée, il n’hésite pas à s’inspirer de grands musiciens comme Wagner, Mendelssohn ou Tchaïkovski. Sa musique, minutieusement répartie entre chaque instrument, est mûrie d’une inspiration classique, quoique parfois controversée.

Plutôt timide, presque retiré de la société, Johnny, comme l’aiment à l’appeler ses proches, semble aimer vivre loin des strass et des paillettes. Le compositeur sait transmettre son isolement par l’importance accordée à des solistes dans des mélodies lyriques qui bien souvent nous mènent dans une quatrième dimension.  


Une approche factuelle : instrumentation et structure

Les différentes musiques entendue duant le film reprennent, pour la plupart, les leitmotivs du thème Schindler’s list. Pour garder une unité entre les différentes pièces, John Williams refond la ligne mélodique en la modifiant, soit par un rythme différent, soit par un tempo plus lent ou plus rapide en fonction des scènes. Ce travail, difficile à réaliser, demande une extrême précision afin que l’image et le son évoluent en parfaite coordination. 

Le thème majeur de La Liste de Schindler marque les esprits. La mélodie évoque une douleur que seule la musique peut restituer. Elle est détenue par le violon solo et interprétée par Itzhak Perlman, musicien juif de renom.

Instrumentation

Les vents : une flûte soprano, deux flûtes alto, un cor anglais, deux clarinettes sib, une clarinette basse, deux bassons, un cor en fa 

Les percussions : un vibraphone,  un célesta 

Les cordes : une harpe, un violon solo, huit violons I, huit violons II, quatre violons III, quatre altos quatre violoncelles, quatre contrebasses 

Structure

Le thème est constitué de trois parties bien distinctes : A (1-25) B (26-33) A’ (34-49), La forme adoptée est donc ternaire.

La première partie, introduite par un solo du cor anglais et est suivie du thème principal. Elle se distingue de A’ par une harmonie légèrement plus épurée.

Au coeur de la musique : analyse harmonique et mélodique

Harmonie

L’harmonie de la partition est très tonale. La modestie des modulation donne une stabilité et accentue l’effet très structuré des thèmes et de la pièce. Les seules tonalités que John Williams utilisent sont celles de  Ré mineur pour la première partie (mesure 1-29) et de Fa majeur à travers des emprunts de relative. Le thème atteint le paroxysme de son ascension sur un La mineur (mesure 30-49) des plus dramatiques. L’harmonie ne s’écarte donc pas des tons voisins 

Les accords se limitent en règle générale aux fonctions de base, c’est-à-dire aux degrés I, IV et V. Dans la partie A les mesures 6 à 15 sont identiques aux mesures 16 à25. Le même schéma se reproduit en A’, aux mesures 34 à 43. On constate également deux cadences parfaites à la fin des parties A et A’

La nostalgie que porte la mélodie est due non seulement aux tonalités mineures mais aussi aux  accords de 7ème diminuée apperçus aux mesures 20 et 38. Des intervalles de 7ème mineure peuplent également le thème et renforce la tension générée par la 7ème diminuée.    

Ci-dessus les deux premières pages du thème “Schindler’s list”. La partition complète est disponible sur les plateformes d’achat de partitions. Cependant, bonimusique.ch fera gagner 3 éditions annotées à dix des abonnés à notre newsletter !

Mélodie

La mélodie principale de cette pièce est jouée par le violon solo. John Williams a choisi cet instrument en raison de son importance dans la culture juive. Le violon représente  la résistance et le bonheur face aux persécutions antisémites ; il sous-entend un lien entre Ciel et Terre. Tout au long de l’œuvre, la complainte est accompagnée par un contre chant mené par le cor anglais. Le caractère général du mouvement mélodique est descendant et se construit sur plusieurs grands intervalles.

Le leitmotiv principal est composé des 13 premières notes du thème A.

Le leitmotiv est caractérisé par des sauts de quinte majeure suivis d’une descente conjointe. A la mesure 10, l’intervalle en question se transforme en sixte et, à la mesure 14, devient une septième. La croissance graduelle renforce la tension.  Lorsque le thème est repris à la mesure 34, il se fait entendre sur  un La mineur, dominante de Ré. Il se positionne donc une quinte plus haut qu’à la mesure 16. Lélargissement des intervalles (5te-6te-7ème) est maintenu et enrichie dans la troisième partie (A’). Cette montée constante des thèmes au violon et l’augmentation des intervalles soutiennent le symbole du lien entre Ciel et Terre. 

L’évolution de l’instrumentation soulève  la lente ascension du thème. Dans la première partie, seuls les instruments à cordes jouent avec le cor anglais. Par la suite, la flûte, la clarinette, le célesta et le basson se joignent aux cordes. L’orchestre monte en puissance lors de la reprise du thème ; cependant l’intensité sonore s’éteint dans les ultimes mesures de la pièce. On retrouve alors l’orchestration initale, en toute simplicité.

 

La partie B se trouve en fort contraste avec le thème. Plusieurs éléments tels que le rythme, l’instrumentation, la mélodie ou les nuances contrebalancent l’ambiance installée. Le rythme  est frappant : tous les instruments, entonnant alors des blanches, des noires et des croches convergent vers des tumultes de doubles croches et de syncopes. Les tremolos des cordes accentuent cette agitation rythmique. L’instrumentation, elle aussi, se renforce avec l’arrivée des vents qui s’unissent pour interpréter une nouvelle mélodie.

Ainsi s’achève notre voyage à travers une oeuvre relatant l’une des plus sombres abominations que l’humanité ait connue. Merci à vous, chers lecteurs, de votre présence. N’hésitez pas à partager vos ressentis dans l’espace commentaire ci-dessous et à vous abonner à notre newsletter

L’humanité est un vernis fragile, mais ce vernis existe. En parlant de ce monde à part que fut celui des camps et de la tourmente dans laquelle les Juifs furent emportés, nous vous disons cette abomination, mais nous témoignons aussi sur les raisons de ne pas désespérer. D’abord, pour certains d’entre-nous, il y eut ceux qui nous aidèrent pendant la guerre, par des gestes parfois simples parfois périlleux, qui contribuèrent à notre survie. Il y eut la camaraderie entre détenus, certes pas systématique, dont les effets furent ô combien salutaires. Et puis, pour cette infime minorité qui regagna la France en 1945, la vie a été la plus forte ; elle a repris avec ses joies et ses douleurs. Puissent nos rires résonner en vous comme notre peine immense. Notre héritage est là, entre vos mains, dans votre réflexion et dans votre cœur, dans votre intelligence et votre sensibilité.

             Simone Veil