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Juicy est une pièce du premier album, « Ready to die », du rappeur The Notorious B.I.G. Entre hymne à l’espoir et sample funky, bonimusique.ch vous propose aujourd’hui un voyage dans le temps à l’aide d’une analyse originale !

Présentation de l’oeuvre

Dans cette pièce maîtresse d’un album vendu à plus de quatre millions d’exemplaires, le jeune artiste évoque son passé tumultueux, la brutalité de la rue et les difficultés financières qui ont tourmenté son enfance. Biggie mentionne également son rêve de devenir rappeur et rend hommage à ceux qui l’ont inspiré. Il pose ensuite un parallèle entre sa jeunesse et la belle vie qu’il mène depuis sa réussite dans le rap. Cette œuvre est un message d’espoir dans une démarche qui est propre au gangsta rap. Le compositeur appelle à croire en ses rêves et à persister dans leur accomplissement.

L’instrumentale de Juicy est un sample tiré de la chanson Juicy fruit du groupe funk Mtume. Le refrain est interprété par Total, groupe de R’n’B membre du label Bad Boys Records. Le beat ainsi que les chants du refrain peuvent s’inscrire dans un style funky. En effet, la prédominance de rythmes saccadés à la basse et à la guitare ainsi que l’omniprésence de la percussion rappellent ce genre musical à ses débuts. Dans les années nonante, il était courant que des artistes puisent dans le répertoire funk et s’en inspire pour créer leur musique.

Construction et instrumentation du beat

L’instrumentale est basée sur une boucle de quatre mesures qui se répètent et s’ornent tout au long de l’œuvre. Le thème récurrent est joué par un synthétiseur, ce leitmotiv est le seul élément du beat présent tout au long de la pièce. Les quatre dièses ainsi que les accords laissent entendre une tonalité de mi Majeur. Ces derniers sont établis sur les degrés I, IV et V de la gamme. Deux accords basés sur la tonique et la dominante concluent la boucle sans la résoudre, car ils sont suivis d’une septième majeure dont la basse est un la.

L’instrumentale est construite de manière graduelle jusqu’à son apogée, lors du refrain. Tout au long des vingt mesures du couplet, des éléments s’ajoutent à la base synthé/batterie et enrichissent le beat. La pièce débute par une introduction de huit mesures où seul le synthétiseur, accompagné par les temps de la caisse claire, est entendu. Vient ensuite, au début du couplet, une entrée plus saccadée des toms et de la grosse caisse. A la mesure douze, la basse entame une mélodie secondaire, elle aussi, discontinue. Les percussions sont également quelque peu ornementées. Deux boucles plus tard, la guitare électrique fait son apparition sur les deux premiers temps des mesures une et trois du sample. La mesure vingthuit correspond à l’arrivée du refrain. Elle est marquée par deux nouvelles voix au synthétiseur. La première double la basse et la seconde progresse vers les aigus au fil des quatre mesures de la boucle. Les couplets suivants sont analogues au premier. Les refrains sont également tous semblables. La conclusion de l’instrumentale de Juicy, par opposition à son introduction, est elle aussi la même que lors des refrains.

Outre la musique, la forme de la pièce peut s’apparenter à un rondo auquel on a ajouté un prélude et d’un postlude (ABCDCECA’). En effet, tous les couplets durent exactement vingt mesures. Les refrains quant à eux se tiennent en huit mesures, tout comme l’introduction et la conclusion.

 

Commentaire

L’instrumentale est relativement étonnante à la découverte des paroles. En effet, les textes se réfèrent en partie au passé tapageur du rappeur, mais la musique est très calme et ne reflète aucune violence, de plus le beat s’inscrit dans une tonalité majeure. Paradoxalement, The Notorious B.I.G. y appose sa réalité du moment qui est celle des paillettes, de l’argent et de la débauche. C’est de cette partie du texte que le beat donne l’impression de s’inspirer. La suite d’accords non résolus au synthétiseur instille, curieusement, une certaine légèreté à l’instrumentale, sans pour autant qu’un sentiment de malaise soit perçu. Ces accords inspirent une certaine tranquillité à l’auditeur. L’instrumentale symbolise également le message passé dans les paroles. En excluant le synthétiseur, les interventions instrumentales suivent le même schéma d’ascension vers les aigus en partant des graves. La basse intervient en effet similairement dans les graves pour les deux premières mesures de la boucle puis s’élève quelque peu dans la portion restante. Il serait possible d’interpréter cela comme l’évocation de la volonté du jeune Biggie réitérant ses essais avant de parvenir au sommet. Tout comme la basse, la guitare intervient plus dans l’aigu à la troisième mesure qu’à la première. Le refrain est également marqué par la montée étonnante du synthétiseur dans les suraigus. Le contraste entre l’introduction et la conclusion de Juicy est intéressant. La pièce débute dans la simplicité de la caisse claire et du synthétiseur alors qu’à son aboutissement, l’instrumentation est très fournie. C’est là encore une métaphore de la progression de Biggie dans le monde de la musique et dans sa vie qui pourrait se résumer par les deux phases finales du morceau en question : « Uh, damn right I like the life I live Cause I went from negative to positive. » Traductibles ainsi : « Uh, bien sûr que j’aime la vie que je mène Car je suis parti du négatif pour aller dans le positif »15 Juicy est l’exemple même d’un gangsta rap positif. The Notorious B.I.G. se réfère à ses antécédents délinquants, sans pour autant les vanter. Il dénonce la triste réalité qu’est celle des ghettos, mais n’en profite pas pour blâmer la police ou le système politique. Le jeune rappeur semble affirmer qu’avec la volonté, tout est possible.

Le titre marque encore aujourd’hui les esprits. Il est considéré comme le meilleur projet de Biggie et comme l’une des plus belles œuvres de rap.

Alternatives d'interpétation

Les paroles de juicy sont bien entendu sujettes à de nombreuses interprétations aussi diverses qu’imaginable. La rédaction de bonimusique.ch ne s’attribue évidemment pas l’exclusivité des bonnes idées et vous propose donc une approche différente :